Mishima Yuko 三島 由紀夫(みしま ゆきお)

mish1Yukio Mishima – de son vrai nom Kimitake Hiraoka est un écrivain japonais (1925 – 1970) qui a marqué la littérature japonaise par une certaine révolte illustrant le passage de la tradition presque féodale à la modernité occidentale.

Yukio Mishima est issu d’une famille de la paysannerie. Son enfance est marquée par sa grand-mère Natsu qui le retire à sa mère et le sépare du reste de sa famille pour le prendre en charge. Cette famille avait des origines liées aux samouraïs de l’ère Tokugawa. Sa grand-mère lisait le français et l’allemand et appréciait le théâtre kabuki mais, sujette à de violentes douleurs à cause d’une sciatique, elle était extrêmement têtue et prompte à des accès de violence. Les biographes de Mishima y trouvent la cause de sa fascination pour la mort et l’exagération.

Mishima rejoint sa famille à 12 ans et développe une relation très forte avec sa mère. Celle-ci le réconforte et l’encourage à lire tandis que son père est un homme brutal, marqué par la discipline militaire. Il l’éduque durement et fait souvent des rafles dans sa chambre pour trouver des preuves de son intérêt pour la littérature – ce qu’il considère comme étant un passe-temps féminin – et déchire ses manuscrits.

Mishima écrit sa première histoire à douze ans. Il lit avec voracité les œuvres d’Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et les classiques japonais. Après six années d’école, il est toujours un adolescent fragile mais devient le plus jeune membre de l’équipe éditoriale de la société de littérature de son école. Il est invité à écrire un roman en feuilleton pour le prestigieux magazine de littérature Bungei-Bunka (Art et Culture) auquel il soumet Hanazakari no Mori (La forêt tout en fleur) pour lequel il prit son pseudonyme de Yukio Mishima. Il sera publié en livre en 1944 en un petit nombre d’exemplaires à cause du manque de papier durant par la guerre. Il fréquente à cette époque le milieu de l’École romantique japonaise.

Mishima est convoqué par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale mais prétend avoir la tuberculose ce qui lui permet d’échapper à la conscription. Bien qu’il fût soulagé d’avoir échappé à la guerre, il se sentira coupable d’avoir survécu et raté la chance d’une mort héroïque.

En 1956 Mishima fréquente le groupe de la revue Littérature Moderne mais ne se sent pas en phase avec le Japon d’après-guerre. En 1946, il commence son premier roman Tozoku qu’il publie en 1948. Il est suivi de « Confessions d’un masque » (Kamen no Kokuhaku) une œuvre autobiographique sur un jeune garçon devant cacher ses désirs homosexuels. Ce dernier rend célèbre Mishima qui n’a alors que 24 ans.

mish2Il commence alors une brillante et prolifique carrière d’auteur. On peut citer ses romans Amours interdites (1951), paru l’année de son premier voyage en Occident, Le Tumulte des flots (1954), Le Pavillon d’or (1956) ou Après le banquet (1960). Il écrit également des récits populaires pour s’assurer le confort matériel, des pièces de théâtre kabuki pour la compagnie théâtrale le Bungaku-za ainsi que des recueils de nouvelles et des essais littéraires. Il obtient une renommée internationale, notamment en Europe et aux États-Unis. Il voyage beaucoup et est pressenti trois fois pour le prix Nobel de littérature. Celui-ci revient à son ami Yasunari Kawabata. Il rédige de 1965 jusqu’à sa mort en 1970 l’œuvre qu’il considérera comme la plus importante, en quatre romans intitulé La Mer de la fertilité (Neige de printemps, Chevaux échappés, Le Temple de l’aube, L’Ange en décomposition).

Après « Confessions d’un masque », Mishima essaie de s’échapper de son personnage fragile en s’astreignant à des exercices physiques jusqu’à la fin de sa vie. Il devient un expert en Kendo. Il fréquente les bars homosexuels en observateur et aurait quelques liaisons avec des étrangers de passage au Japon. Après avoir envisagé une alliance avec Shoda Michiko qui deviendra la femme de l’Empereur du Japon Akihito, il se marie en 1958 avec Yoko Sugiyama. Il aura avec elle deux enfants. En 1968, il joue dans Le Lézard noir aux côtés de son amant le travesti Akihiro Miwa.

Dans les années soixante, il exprime des idées fortement nationalistes et s’engage dans les Forces d’Autodéfense du Japon puis forme la milice privée Tatenokai (société du bouclier) destinée à assurer la protection de l’empereur. Au cours de l’année 1970, il achève sa tétralogie La Mer de la fertilité avec son quatrième tome, « L’Ange en décomposition ».

mish3Le 25 novembre, il poste à son éditeur la fin de son manuscrit puis se rend au Ministère des armées accompagné de quatre jeunes disciples.

Au deuxième étage de l’École Militaire du quartier général du Ministère de la Défense, ancien quartier d’Ishigaya, aujourd’hui Mémorial des forces d’auto-défense de l’armée nippone, il prend en otage le général commandant en chef des forces d’autodéfense et fait convoquer les troupes : il leur tient alors un discours en faveur du Japon traditionnel et de l’empereur.

La réaction des 800 soldats est vite hostile. Devant les huées, il se retire vers 11h. Suivant le rituel, Yukio Mishima se donne la mort par seppuku ; un des membres de Tatenokai procédant à la décapitation. Ce coup d’éclat avait été minutieusement préparé pendant plus d’une année ; Mishima avait même décrit une action très similaire dans son roman « Chevaux échappés », avec une fin tout aussi tragique. Certains ont avancé que cette tentative de coup d’État n’était qu’un prétexte symbolique destiné à accomplir le suicide rituel que Mishima avait toujours mis en scène.